« Le Monde » épinglé pour désinformation sur le Phonegate

Le site Internet du journal Le Monde a publié hier, 31 mai 2018, un article intitulé « Ondes magnétiques : quatre smartphones épinglés ». Cet article écrit par le journaliste Nicolas Six pose à tout le moins la question de l’indépendance rédactionnelle quand il s’agit de sujets ayant trait à l’industrie de la téléphonie mobile.

Pour mémoire, le titre avait été racheté en 2010 par les hommes d’affaires Xavier Niel (Groupe de télécommunications Iliad/Free), Matthieu Pigasse (Patron de la banque Lazard) et Pierre Bergé. Depuis la mort de Pierre Bergé en 2017, MM. Niel et Pigasse possèdent 72,5 % du capital du groupe Le Monde.

Dans la première version de l’article publié à 15h45, le Monde écrit : « Ces dépassements ne signalent pas pour autant un dérapage de la part des fabricants, mais plutôt le resserrement des mesures de DAS[1] (débit d’absorption spécifique) » sous l’intertitre sans équivoque « Pas d’aggravation du problème. »

Cela a le mérite de la clarté et, pour appuyer cette implacable affirmation, le Monde part dans une tentative de démonstration, reprenant à son compte l’ensemble des éléments de langage des industriels du secteur servie avec complaisance par Monsieur Gilles Brégant, Directeur Général de l’Agence nationale des fréquences (ANFR).

En quatorze lignes, le Monde arrive à faire une erreur factuelle par ligne. On en vient à se demander qui a pris le soin de vérifier les éléments provenant de ses sources… En effet :

  1. Ce dernier indique une distance de mesure des fabricants « située entre 0 et 25 mm ». En fait cette distance était de 15 à 25 mm jusqu’en juin 2016. Et c’est justement cette différence qui a permis aux industriels de surexposer pendant plus de 20 ans des centaines de millions d’utilisateurs et ainsi de mettre en danger leur santé et leur sécurité.
  2. La Commission européenne a affectivement lancée une mise en garde en avril 2016 et non en « 2017 » mais surtout elle n’a jamais « fixé de distance à 5 mm ». Elle impose pour le DAS « membre » une mesure à 0 mm de la peau et pour le DAS « tronc » une mesure à quelques millimètres de la peau. C’est un des points que nous combattons depuis son entrée en vigueur.
  3. L’article se finit en apothéose, « le seuil de 2W/kg a été fixé en tenant compte d’une importante marge de sécurité » … « ce chiffre étant cinquante fois moins élevé que le seuil constaté par les chercheurs. » Oui mais voilà, c’est totalement faux, le journaliste ayant confondu deux DAS qui n’ont rien à voir entre eux, le DAS corps entier, et les DAS de contact.  Pour appuyer sa démonstration, il met en lien vers un rapport de la Commission de sécurité des consommateurs. Rapport publié en 2008 et non comme écrit en « 2017« , et que le journaliste a tout bonnement mal interprété.

A la lecture de cet article, le Dr Arazi, Président d’Alerte Phonegate, a joint au téléphone le journaliste pour lui faire part de l’ensemble de ses remarques. Après différents échanges au téléphone et par SMS, ce dernier pas convaincu par ces arguments, lui dit sans sourciller : « l’article a été relu par Gilles Brégant ». Étonné pour le moins, le Dr Arazi lui a fait répéter. Confirmation de l’intéressé, sur de son fait.

S’en suivirent de nouveaux échanges de SMS et devant l’évidence, le journaliste du Monde écrit par SMS au Dr Arazi à 19h06 : « j’ai coupé le passage problématique, il sera updaté par les correcteurs dans l’heure. Et j’ai contacté Pierre le Hir. »

A 20h11, une nouvelle version est en ligne sur le site du Monde, le passage a été effectivement enlevé mais le sens général de l’article reste le même, et ne fait aucune mention des échanges avec notre Président qui ont motivé la mise à jour de l’article.

 

Sommes-nous pour autant satisfaits ? Absolument pas quand nous découvrons qu’un journal de référence comme Le Monde peut de cette façon réduire à néant un travail international d’alerte et de protection de la santé publique mené depuis deux ans face à un des plus puissants lobbies de la planète.

Pierre Le Hir, journaliste scientifique du Monde, avait pourtant publié, le 23 décembre 2016, un article de référence sur le sujet intitulé : « Soupçons sur les ondes des téléphones portables ». Il a été le premier à utiliser le terme « Phonegate », devenu depuis la référence pour parler de ce nouveau scandale industriel et sanitaire. Oui mais voilà, ce dernier, avec qui nous sommes en contact régulièrement depuis, n’a plus écrit une ligne en dix-sept mois.

Comme vous le comprenez au travers de ces éléments factuels, les lecteurs du Monde semblent être réduits au choix aujourd’hui, de ne plus être informés ou d’être désinformés ? Triste réalité que nous subissons tous et dont les conséquences sont potentiellement dramatiques quand elles touchent aussi directement la santé de millions d’utilisateurs de téléphones portables.

Nous voyons dans ce qui se passe un gros coup de canif porté à la confiance de ses lecteurs. Attention, nous savons qu’il y a de nombreux et grands journalistes au Monde, qui font un travail de qualité pour informer et éclairer sur l’état de la société. Mais la question que nous posons publiquement : Le Monde est-il toujours suffisamment indépendant pour parler des enjeux de santé publique liés au Phonegate ?

[1] DAS : débit d’absorption spécifique (NDLR).